Une trajectoire façonnée par les crises du solaire français
Technique Solaire est une ETI française indépendante, fondée en 2008 à Poitiers par Julien Fleury, Lionel Themine et Thomas de Moussac. Sa trajectoire est indissociable des soubresauts réglementaires du solaire français à la fin des années 2000.
Le moratoire de 2010–2011, qui a stoppé brutalement une grande partie des projets photovoltaïques, agit comme un révélateur stratégique. Là où de nombreux acteurs disparaissent ou se concentrent sur quelques grands projets au sol fortement exposés aux décisions administratives, Technique Solaire adopte une approche plus granulaire : le développement de toitures agricoles photovoltaïques.
Le modèle est simple et robuste : financer et construire des hangars agricoles, mis à disposition des exploitants, en échange de l’usage de la toiture pour produire de l’électricité sur des durées longues. Cette stratégie permet à l’entreprise de contourner les goulets d’étranglement administratifs, de multiplier les projets de taille moyenne et de s’ancrer durablement dans le monde agricole.
Ce choix structurel pose les bases de ce qui deviendra le cœur du modèle : détenir les actifs sur le long terme, plutôt que les céder après construction.
Un producteur intégré, orienté “stock” plutôt que “flux”
Technique Solaire se positionne comme un producteur indépendant d’énergie (IPP), intégrant l’ensemble de la chaîne de valeur : développement, ingénierie, financement, construction, exploitation et maintenance.
Contrairement au modèle dominant du “développeur-vendeur”, qui consiste à céder les centrales à des fonds d’infrastructure une fois construites, Technique Solaire conserve ses actifs. Chaque centrale devient une source de revenus récurrents sur 20 à 30 ans, via des tarifs de rachat ou des contrats de long terme (PPA).
Ce choix impose une forte intensité capitalistique et une ingénierie financière exigeante, mais il permet à l’entreprise de construire une logique de croissance par capitalisation progressive. La performance repose moins sur la rotation rapide des projets que sur l’accumulation d’actifs productifs.
Activités : solaire, biogaz et diversification maîtrisée
Photovoltaïque
Le solaire photovoltaïque constitue l’activité historique et dominante du groupe. Elle couvre :
- toitures agricoles, industrielles et tertiaires,
- ombrières de parking,
- centrales au sol et projets agrivoltaïques,
- projets en autoconsommation ou en vente totale.
Technique Solaire dépasse aujourd’hui 1 GWc de capacité en exploitation ou en construction, en France et à l’international (notamment en Espagne, aux Pays-Bas et en Inde). L’Inde joue un rôle particulier : marché très concurrentiel, à faibles marges unitaires, qui a forcé l’entreprise à renforcer sa discipline sur les coûts et l’exécution.
Biogaz : une diversification défensive
Avec la création de Technique Biogaz, le groupe s’est positionné sur la méthanisation agricole. Le biogaz présente un profil radicalement différent du solaire : production non intermittente, forte complexité opérationnelle, dépendance à des intrants biologiques.
Cette activité agit comme une couverture stratégique : elle diversifie les sources de revenus, renforce les liens avec les agriculteurs et crée une barrière à l’entrée élevée. Peu d’acteurs photovoltaïques acceptent cette complexité industrielle.
Éolien terrestre
Plus récemment, Technique Solaire a engagé une diversification vers l’éolien terrestre, notamment via la reprise d’actifs existants. L’objectif n’est pas de multiplier les technologies, mais de construire un portefeuille multi-énergies cohérent, capable de lisser les risques réglementaires et de marché.
Clients et ancrage marché
Les clients de Technique Solaire sont principalement :
- des exploitants agricoles,
- des industriels et logisticiens disposant de foncier ou de parkings,
- des collectivités territoriales,
- des entreprises signataires de PPA.
Le niveau d’exigence est élevé : il s’agit moins de clients “clé en main” que de partenaires engagés sur des projets longs, souvent structurants pour leur activité.
Taille, capital et financement
En 2024, Technique Solaire emploie plus de 300 collaborateurs. Les fondateurs restent majoritaires au capital, aux côtés d’investisseurs minoritaires comme Bpifrance et Crédit Agricole.
Le modèle repose sur un usage significatif de la dette de projet. En 2023–2025, l’entreprise a renforcé sa capacité financière via des levées de fonds et des financements bancaires importants, afin de soutenir la détention d’actifs à long terme.
Concurrence et positionnement
Technique Solaire évolue entre trois catégories d’acteurs :
- les grands énergéticiens intégrés (EDF Renouvelables, Engie),
- les ETI indépendantes comparables (Tenergie, Apex Energies),
- une multitude de développeurs locaux contraints de vendre leurs projets.
Son positionnement intermédiaire lui permet d’accéder à des financements bancaires structurés tout en conservant une agilité opérationnelle, notamment sur les projets agricoles de taille moyenne.
Enjeu central : changer d’échelle sans perdre la discipline
L’objectif affiché de 4 GWc à horizon 2030 pose deux défis structurants : l’accès au foncier à grande échelle et la saturation progressive des réseaux électriques. La prochaine phase de développement pourrait moins dépendre de la capacité à produire que de la capacité à stocker, arbitrer et piloter l’énergie.

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