Cheops Technology : une ETI française qui a construit un cloud de confiance à contre-courant

Une trajectoire marquée par un pivot stratégique assumé

Cheops Technology est une ETI française indépendante, fondée à la fin des années 1990 et aujourd’hui dirigée par son actionnaire majoritaire. À l’origine, l’entreprise opérait comme de nombreux acteurs de l’époque : revendeur et intégrateur de solutions informatiques, avec un modèle largement fondé sur la vente de matériel et de projets ponctuels.

Le tournant structurant intervient autour de 2010, lorsque Cheops engage un pivot radical : abandon progressif du modèle de négociant pour devenir un Cloud Service Provider à part entière. Ce choix implique une baisse volontaire du chiffre d’affaires à court terme, le temps de sortir d’un modèle “one-shot” pour construire des revenus récurrents. Peu d’acteurs de taille intermédiaire ont alors accepté ce type de sacrifice, tant les CAPEX nécessaires (datacenters, infrastructures, équipes) sont lourds.

Ce pivot est rendu possible par une indépendance actionnariale forte. Cheops n’est ni filiale d’un grand groupe, ni soumise à la pression d’un fonds à horizon court. Cette gouvernance permet une vision de long terme, avec des investissements continus dans l’infrastructure et les compétences, sans arbitrage trimestriel dicté par les marchés financiers.

Une offre construite autour de la maîtrise de l’infrastructure

Aujourd’hui, Cheops Technology se positionne comme un fournisseur de services cloud, d’infogérance et de cybersécurité, avec une maîtrise directe de la chaîne de valeur.

Le cœur de l’offre repose sur iCod (Infrastructure Cheops on Demand), une plateforme de cloud privé et hybride industrialisée. Il ne s’agit pas de cloud public en self-service, mais d’environnements dédiés, managés, intégrés aux systèmes existants des clients. iCod constitue le socle économique de l’entreprise et concentre l’essentiel de la récurrence.

Cheops exploite ou contrôle strictement plusieurs datacenters en France (notamment à Bordeaux, Lyon et en région parisienne). Cette maîtrise de l’infrastructure permet d’assurer des SLA de bout en bout, sans dépendance critique à des hyperscalers étrangers. Elle fonde également un positionnement clair sur la souveraineté des données.

Un autre pilier moins visible mais stratégique est l’expertise sur les environnements legacy critiques, en particulier IBM i / AS400. Ce savoir-faire, rare sur le marché, concerne des systèmes encore centraux dans de nombreuses ETI industrielles. Il crée une barrière à la sortie élevée : ces clients recherchent avant tout la continuité de service et la fiabilité, plus que des ruptures technologiques.

Enfin, Cheops a progressivement intégré la cybersécurité dans son offre cloud : supervision, SOC, protection des infrastructures et des données. Cette intégration verticale permet un upsell naturel auprès de clients déjà hébergés, tout en renforçant la cohérence opérationnelle.

Un modèle économique orienté récurrence et valeur client

Le modèle économique de Cheops repose sur la transformation progressive de revenus ponctuels (projets, matériel) en revenus récurrents mensuels. Cette évolution améliore la visibilité financière et la résilience de l’entreprise, mais surtout la valeur créée par client sur la durée.

Contrairement aux acteurs du cloud public, Cheops ne cherche pas à optimiser le prix unitaire ou le volume. L’entreprise assume un positionnement “service managé sur mesure”, parfois qualifié d’approche “gant blanc”. Le client externalise la complexité technique, l’exploitation et la sécurité, plutôt que de consommer une infrastructure standardisée.

Ce positionnement en fait une forme d’anti-AWS : Cheops ne vise ni le low-cost, ni l’autonomie totale des équipes IT clientes. Elle s’adresse à des organisations pour lesquelles le SI est critique, mais qui ne souhaitent ni l’opérer seules ni devenir expertes du cloud public.

Clients et marché : le middle market comme terrain naturel

La clientèle de Cheops se concentre sur le middle market : ETI, grandes PME, acteurs du secteur public, de la santé et des collectivités. Ces organisations sont souvent trop complexes pour les petits prestataires locaux, mais insuffisamment prioritaires pour les grands hyperscalers ou intégrateurs mondiaux.

Sur ce segment, Cheops se retrouve en concurrence avec :

  • des intégrateurs régionaux, souvent moins outillés industriellement ;
  • des acteurs télécoms (Orange Business, SFR Business), disposant d’une force de frappe importante mais d’une agilité plus limitée.

L’entreprise se distingue par sa capacité de décision rapide, son ancrage régional et sa proximité opérationnelle avec les équipes clientes, tout en conservant une taille critique suffisante pour opérer des infrastructures complexes.

Croissance, consolidation et nouveaux axes technologiques

Cheops Technology affiche une croissance à deux chiffres, portée à la fois par la croissance organique et une stratégie de croissance externe ciblée. Les acquisitions (comme DFI ou SolutionData) visent des expertises complémentaires ou un renforcement régional, plutôt qu’une simple augmentation de taille.

Plus récemment, Cheops a lancé des offres de “Private AI”, permettant aux entreprises d’exploiter des cas d’usage d’IA générative dans des environnements fermés, hébergés en France. Cette approche s’inscrit dans la continuité de son positionnement sur le cloud de confiance, sans dépendance aux plateformes américaines soumises au Cloud Act.

Une tension structurelle : les talents

Comme beaucoup d’acteurs technologiques en région, Cheops fait face à un défi RH structurel. La capacité à recruter et fidéliser des profils experts (cloud, sécurité, exploitation) conditionne directement le rythme de croissance. Ce facteur constitue aujourd’hui l’un des principaux freins potentiels à l’accélération du modèle.


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